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ARCHITECTURE HYBRIDE 4/10 : ESPACES SENSIBLES

parametric design, architecture and art

graphic concept 03 - continents in boroughs

NYTE New York Talk Exchange
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Jeudi dernier, dans notre série sur l”architecture hybride, nous avons défini la notion d”espace hybride.
Nous avons expliqué pourquoi nous considérons cette notion comme un concept analytique primaire dans l’approche aux problématiques contemporaines des espaces urbains. Cependant, en tant qu’architectes, l’analyse n’est pour nous qu’une première étape qui précède cette pratique visant à la modification de ces espaces : le projet.

Au cours de notre recherche, il a ainsi été important de marquer ce transfert du domaine de l’analyse (réflexion) à la notion de projet (action) avec la dénomination « espaces sensibles »(Sentient City ), comme il a été défini par Domenico Di Siena dans la thèse de doctorat “Espacios públicos híbridos como catalizadores de ciudadania”.

Le concept d’espace sensible est une translation de l’espace hybride vers le domaine du projet. Il nous informe d’une caractéristique fondamentale de ces nouveaux espaces (leur sensibilité) et cela implique déjà une prise de position par rapport à la façon dont le projet devrait s’acheminer.

En effet, avec Sentient City nous souhaitons définir un nouveau domaine d’études dans les disciplines urbaine et architecturale, un nouveau champ de recherche dans la construction et la structuration de l’espace. Cette nouvelle architecture prendra en compte ces nouveaux matériaux virtuels de la communication (connexions, relations et technologies relatives).

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Bien que, depuis toujours, les espaces aient représenté des lieux de communications et des contenants de relations, les architectes ne se sont jamais vus obligés d’en tenir compte dans le conception des places publiques. Il convient alors de clarifier pourquoi notre démarche propose, contrairement à l’approche traditionnelle, de considérer ces communications comme un véritable
matériau pour la structuration de nos espaces de vie.

Dans ce sens, il convient de préciser pourquoi nous avons indiqué cette nouvelle discipline avec l’expression « espaces sensibles ». La sensibilité est la capacité de ressentir des sensations et, par conséquent, la disposition à réagir face à elles. Nous estimons que le modèle d’espace hybride peut être interprété comme une rupture face à la notion traditionnelle d’espace : les espaces sont désormais sensibles, car ils entretiennent une communication avec leurs usagers et peuvent réagir à des demandes, des envies, des sensations.

Une précision supplémentaire est cependant requise. La capacité d’intervention de l’homme sur la réalité, et en particulier sur l’espace, a toujours caractérisé notre rapport avec le monde extérieur. Notre relation à celui-ci se nourrit de cette capacité même d’intervention, et ce depuis toujours. Ce qui se présente aujourd’hui est un changement radical de la vitesse de cette intervention qui s’approche progressivement d’une communication rapide et instantanée. Dans le passé, l’espace traditionnel, la place publique, répondait aux stimuli avec un délai pouvant aller jusqu’à plusieurs années selon un schéma d’intervention de type analyse – démarche administrative – projet – travaux – qui aboutissait à la fin à la modification et à la construction de l’espace.

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A Google Architecture, Andreas Ferm Jani Kristoffersen
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Aujourd’hui, le rapport entre l’usager et l’espace s’entretient selon une échelle de secondes. Les technologies de la communication nous permettront bientôt de personnaliser l’espace de façon instantanée. L’espace public ne sera plus un contenant mais plutôt un media. Dans cette vision, d’un coté intrigante mais également vertigineuse, il apparait clair que l’architecte et l’urbaniste, en tant que constructeurs de l’espace et de la ville, ne peuvent plus faire abstraction de ces nouveaux mécanismes de communication. Ce sont les mêmes réflexions que nous croyons apercevoir dans le projet « A Google Architecture » (image ci-dessus), pouvant être résumées dans cette question : « Qui aura finalement le contrôle de la media-city ? ».

analisi

Web mille punto zero / immaginoteca.com .

Le graphique ci-dessus a été conçu pour expliquer la diminution au cours des dernières années de la Content Production Distance (CPD), définie comme la quantité de travail nécessaire pour transformer une action en contenu diffusé dans les médias. La télévision, par exemple, est un modèle de communication avec une CPD très élevée : nous avons été habitués à partager la société entre les producteurs de l’information (peu nombreux) et les consommateurs (très nombreux).
La révolution du web 2.0, notamment avec les blogs, nous a montré qu’une activité pouvait être transformée en contenu très facilement et par tout le monde. Ensuite, des services comme twitter ou friend-feed ont encore réduit la distance entre nos actions et leurs publications, jusqu’à dessiner le concept de Life Stream, c”est-à-dire le concept extrême d’une vie dont le déroulement coïncide avec sa transformation en contenu de communication.

Ce même schéma peut être aisément appliqué à l’évolution de l’espace urbain d’un modèle traditionnellement physique à un autre, plus contemporain, de type hybride et donc sensible. La distance qui nous sépare de l’intervention sur les espaces de notre ville tend à diminuer et le modèle s’approche, de façon vertigineuse, à ce point d’interrogation qui mérite toute notre attention.

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/// Ce texte est un extrait de l”article Architecture Hybride: espaces sensibles et nouvelle conception. Credits article: Francesco Cingolani, Pierre Chassagne, agence HDA | Hugh Dutton Associés ///

/// Ce texte est aussi une adaptation de l”article “Hyper-local Internet”: la nouvelle dimension des espaces publics de nos villes? présenté à la conference Hyperurbain FUTUR EN SEINE par IMAGINARIO ///

Figure 1.NYTE New York Talk Exchange[1]

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